Effectuation, un autre regard sur la logique entrepreneuriale

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Vous êtes plutôt causal ou effectual ?

Inutile de démarrer par un long préambule pour comprendre ce qui se joue derrière ce néologisme de l'effectuation.

Il désigne une logique de pensée - la logique dite effectuale - qui s'oppose à une autre - la logique dite causale - que nous connaissons tous puisque c'est celle que nous pensons être la "seule", la "bonne" manière de prendre des décisions, qui plus est quand on est entrepreneur.

Rien de tel qu'une métaphore pour aller au cœur de la différence entre logique causale et effectuale : le dîner entre ami.e.s !

Effectuation causation

Dans l'approche causale,

le risque est important : si les moyens ne sont pas disponibles pour atteindre les buts fixés à l'avance, l'action s'arrête.

Le raisonnement causal néglige la probabilité de rencontrer des imprévus.

Dans l'approche effectuale,

le risque est sous contrôle : si on décide de ce qu'on peut faire en fonction de ce que l'on a, on a toutes les chances de réussir.

On démarre "bas"' (modestement) au départ pour avancer de petites réussites en petites réussites, et cela en continu.

effectual

Bien sûr les approches causale et effectuale ne sont pas exclusives l'une de l'autre. Il n'y a pas un choix radical à faire entre ces deux approches. Le risque est plutôt de s'enfermer dans une pure logique causale, cela d'autant à une époque où l'incertitude domine.

A qui doit-on le concept d'effectuation ?

L'Effectuation est un modèle de pensée "spontanément" utilisé par les entrepreneurs qui démarrent.

On doit ce concept à la chercheuse indo-américaine Saras Sarasvathy.

L'effectuation décrit une logique de pensée-action, ancrée dans la pratique réelle, et pourtant à l'opposé de notre vision cartésienne de l’entrepreneuriat.

En 2001, Saras Sarasvathy publie les conclusions d’une étude qu’elle a démarrée en 1997 pour comprendre le processus décisionnel des entrepreneurs.

Pour mener à bien ses travaux, elle met à l’épreuve 27 entrepreneurs chevronnés et leur demande non pas de raconter leurs succès, mais de résoudre des problèmes complexes du même acabit que ceux auxquels les entrepreneurs font face chaque jour.

Elle tire de ses travaux 5 principes, regroupés sous le terme d’effectuation.

Saras Sarasvathy effectuation
philippe silberzahn

Ces 5 principes décrivent comment pensent, décident et agissent vraiment les entrepreneurs pour créer de nouvelles opportunités et naviguer dans l’incertitude.

Les travaux de Saras Sarasvathy sont un vrai contrepied à ce nous enseignent les manuels de gestion, qui domine encore le monde de l'entreprise.

Ce que la "logique effectuale" vient bousculer, c'est l'approche dite causale, elle-même sous-tendue par une vision cartésienne, qui suppose qu'en "bons maîtres et possesseurs" de la réalité, nous sommes capables de la prédire. Saras Sarasvathy montre que "dans la vraie vie", les choses ne se passent pas du tout ainsi.

Et, au passage, elle démonte pas mal d’idées reçues sur les entrepreneurs : ni super-héros visionnaires, ni têtes brûlées qui prennent tous les risques, ni Madame Irma passant leur temps à essayer de prévoir l’avenir pour s’y adapter.

Résultat : démocratiser l'entrepreneuriat, à la portée de toutes et tous !

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Les 5 principes de l'effectuation

Effectuation

Démarrer avec ce qu'on a

Bird In Hand Principle

Démarrez avec les moyens qu’on a sous la main. En utilisant une combinaison de ces moyens, on commence à imaginer des possibilités à agir :

  • QUI JE SUIS - mes traits de personnalité, mes aspirations et mes capacités
  • CE QUE JE SAIS - mon éducation, ma formation, mon expertise et mon expérience
  • QUI JE CONNAIS - mes réseaux sociaux et professionnels.
perte acceptable

Raisonner en perte acceptable

Affordable Loss Principle

Nous sommes formatés à prendre nos décisions en gain attendu : j'investis X dans ce projet car je pense pouvoir en tirer Y de revenus. Mais nul ne peut prévoir avec certitude ce gain attendu.

Il vaut mieux baser ses choix sur la seule chose que l'on est capable de contrôler : l'investissement à consentir. Autrement dit : la perte acceptable (que suis-je prêt à perdre pour essayer ?) qui peut se traduire en termes d'argent, de temps.

patchwork fou

Engager des parties prenantes

Le patchwork fou

C'est en fédérant des parties prenantes autour de votre projet que celui-ci va se développer, au fur et à mesure. L'engagement de clients, fournisseurs, associés, collaborateurs... apporte de nouvelles ressources qui vont peut-être modifier l'idée de départ, mais qui vont permettre de rendre le projet viable. C'est une logique de co-création. La partie prenante qui rejoint le projet, en devient un acteur, ayant alors intérêt à sa réussite. C'est comme assembler un patchwork avec des parties prenantes qui se sélectionnent elles-mêmes, sans que l’on puisse dire à l’avance quelle forme aura le patchwork final.

incertitude

Agir en incertitude

Lemonade Principle

Alors que la planification a pour but d’éviter les surprises, les entrepreneurs accueillent celles-ci favorablement et en tirent parti. Autrement dit, si on vous donne des citrons, vendez de la limonade. Vous démarrez sur une idée, et partez sur une autre à la suite d’une observation fortuite, d’une suggestion d’un client ou d'un accident. Il s'agit de savoir accueillir les surprises et saisir les opportunités qui se présentent.

prédire les marchés

Contrôler le futur plutôt que le prédire

Le pilote dans l'avion

Ce dernier principe résume bien la philosophie de l'effectuation : passer d’une logique de prédiction (essayer de deviner le marché) à une logique de contrôle (l’inventer). La stratégie classique se résume ainsi : « Dans la mesure où nous pouvons prévoir l’avenir, nous pouvons le contrôler. » L’effectuation inverse cette logique : « dans la mesure où nous pouvons contrôler l’avenir, nous n’avons plus besoin de le prévoir. »

Derrière cette logique de contrôle se dessine une vision créatrice de l’entrepreneuriat, selon laquelle le rôle de l’entrepreneur est de créer de nouveaux univers, et non de découvrir les univers existants. La logique de contrôle signifie aussi que dans la démarche projet, c’est l’action qui est privilégiée à l’analyse. L’action est source d’apprentissage mais aussi de transformation de l’environnement.

Le modèle mental effectual utilise l’incertitude comme atout pour mobiliser sa créativité là où le modèle mental causal la voit comme une menace.